2063Now | Septembre 2026 – Sikama Makany
Le mois de septembre marque souvent à la rentrée des classes, que ce soit pour les millions d’étudiants à travers le monde ou pour les chefs d’État et de gouvernement qui se rendront dans quelques jours à New York pour la 81ème Assemblée générale des Nations unies afin de présenter leurs visions sur les principaux enjeux de notre temps. Poussons un peu l’analogie pour le bien de cet édito.
Une classe de dirigeants hétéroclite et éloignée des populations africaines
Si l’Afrique était une classe et les chefs d’État des étudiants, il serait intéressant d’observer à quel point cette classe serait parcourue de disparités. Que ce soit en termes de profils, de compétences ou d’ambitions, la « classe des dirigeants africains » n’a jamais été aussi diversifiée dans son histoire.
L’âge moyen des chefs d’État est de 66 ans : le benjamin, Ibrahim Traoré (38 ans, Burkina Faso), côtoie le doyen camerounais, Paul Biya (93 ans). La durée moyenne au pouvoir est de 11 ans. Les écarts sont spectaculaires entre le Béninois Romuald Wadagni, récemment élu il y a quelques mois, et l’Équato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema, qui cumule 47 ans à la tête de son pays depuis 1979. Au niveau de la parité, dans une classe de 54 dirigeants africains, il n’y aurait que deux femmes, contre 52 hommes, avec pour seules exceptions la Namibienne Netumbo Nandi-Ndaitwah et la Tanzanienne Samia Suluhu Hassan.
Enfin, en termes de parcours, si nous classions les dirigeants africains en trois catégories : (1) militaires ou anciens militaires, (2) technocrates / hauts fonctionnaires et (3) politiciens de longue date / militants, nous constaterions que plus de 40 % des dirigeants en exercice sont issus d’un parcours militaire (23 sur 54) et seulement 17 % de la seconde catégorie (9 sur 54).
Le profil des dirigeants africains tranche sensiblement avec la réalité des populations africaines, jeunes (l’âge médian continental est de 20 ans), dynamiques, paritaires, de plus en plus éduquées, urbaines et connectées. Cela peut interroger les populations sur la capacité des chefs d’État et de gouvernement à incarner leurs populations et à retranscrire leurs aspirations à travers des politiques publiques.
Néanmoins, au-delà des considérations individuelles et des profils, l’élément le plus important restera toujours la vision que les dirigeants ont pour leur pays et leur capacité à la mettre en œuvre.
Se pose donc naturellement la question du type d’élève que souhaitent devenir les différents dirigeants africains.
Modèles et comparaison au sein de la classe des dirigeants africains
« Gouverner, c’est choisir », comme le rappelle le célèbre adage, et les dirigeants doivent choisir quel type d’élève ils aspirent à devenir.
De ceux qui, à l’instar de l’Éthiopien Meles Zenawi, décident de rassembler les forces vives de la nation au-delà des clivages ethniques pour planifier la transformation économique de leur pays, ou de ceux qui capitalisent sur les divisions et les violences communautaires pour assurer leur profit et celui de leur clan.
De ceux qui, comme Seretse Khama, perçoivent la richesse en ressources naturelles comme un outil au service de la construction d’infrastructures et de la diversification de l’économie, ou de ceux qui perçoivent ces dernières comme un moyen facile de générer une rente facilement détournable.
De ceux qui respectent les institutions et préparent leur succession, comme Nelson Mandela, ou acceptent les résultats des urnes, comme Goodluck Jonathan, ou de ceux qui se pensent éternels, méprisent l’État de droit et mettent en œuvre des autocraties et des monarchies présidentielles qui ne disent pas leur nom.
De ceux qui comprennent, comme Thomas Sankara, Ellen Johnson Sirleaf ou Amílcar Cabral, que pour qu’une nation exploite son plein potentiel, les femmes doivent prendre leur place dans toutes les sphères de la société, notamment politique et économique, ou de ceux qui prônent et banalisent la hiérarchie des genres et les violences faites aux femmes.
De ceux qui prônent et agissent en faveur de la coopération intra-africaine, comme Julius Nyerere, ou de ceux qui nourrissent des ambitions expansionnistes et participent à la déstabilisation de leurs voisins.
Vox populi, Vox Dei
La force de notre époque est de permettre à tous les individus, et aux dirigeants eux-mêmes, de comparer leur travail à celui de leurs pairs grâce aux données économiques publiques, aux conférences et annonces internationales et aux réseaux sociaux. Chacun sait si son pays performe ou non en fonction des nombreux indicateurs socio-économiques disponibles et peut mesurer l’action ou l’inaction politique de son gouvernement.
À l’heure où les trajectoires des pays et les résultats de leurs dirigeants n’ont jamais été aussi visibles et comparables, les bons élèves seront davantage reconnus pour leurs résultats, et l’école se souviendra d’eux bien après qu’ils l’auront quittée. À l’inverse, les élèves qui accumulent les manquements, l’inaction et le mépris envers l’établissement ne sont jamais à l’abri d’un renvoi, parfois lent et prévisible, parfois soudain et avec pertes et fracas. Car si les dirigeants peuvent parfois différer l’heure du bilan, ils ne peuvent indéfiniment échapper au jugement de ceux qu’ils gouvernent et à celui de l’Histoire.
Vox populi, Vox Dei.
À bon entendeur.

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